Abécédaire des artistes

ART CONTEMPORAIN > ABÉCÉDAIRE DES ARTISTES

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MABOUNGA Gatien
> 1964, Pointe-Noire (Congo)
Il apprend de son père le métier de relieur et suit des études en chaudronnerie. Ses dons sont révélés par son père pour qui il a l’idée d’enrichir le cuir de pigments colorés et par un frère poète qui lui donne le goût des mots évocateurs d’images. Sa couleur peut aussi s’accommoder du hasard, ainsi que d’une transparence involontairement obtenue après qu’il a nettoyé bouteilles et pinceaux. Avec son frère, il s’ouvre à l’art et la poésie. En 1984, il réalise ses premières œuvres abstraites et s’installe en France en 1989.
(Extrait, Instinct'art, 2012, éditions de l'abbaye d'Auberive)
Galerie Cour Carrée
MACRÉAU Michel
> 1935, Paris - 1995 (France)
Il suit des études artistiques où il participe à la réalisation de cartons de tapisserie de Le Corbusier. Il peut être défini comme un illustre inconnu. Il a tout de même exposé au début des années 1960 dans la galerie Raymond Cordier et remporte un franc succès. Elle signe le début d'une longue série d'expositions en France et à l'étranger. Le contenu de ses œuvres, peintes avec tout ce qui est à portée de main (pinceau, tiges de bois ou de paille, douilles de pâtissier, etc.) est une sorte de géographie de l’être humain accompagné de symboles tels que des croix, des roses, des flèches, des cœurs, des crânes, , des ex-voto, des entrelacs ornementaux hachurés, pointillistes. C’est hallucinatoire et tourmenté. Aucun naturalisme dans son dessin mais plutôt un traitement pictographique. En 1969, le musée d'Art Moderne de la ville de Paris fait l'acquisition d'une première toile (une seconde sera achetée en 1982). Mais à partir de 1972, les doutes s'installent, et Macréau, en dépression, se voit contraint d'effectuer de longs séjours à l'hôpital. C'est l'émergence de jeunes artistes au début des années 80 comme Basquiat ou Combas qui va lui redonner foi en son travail. Et aujourd'hui, il apparaît comme un précurseur des artistes de la Figuration Libre. 
(Extrait, Esprit singulier, 2016, Flammarion éditions et les éditions de l'abbaye d'Auberive)
MAD MEG
> 1976
Détentrice d’un CAP en reliure d’art, passée en fac d’arts plastiques et à l’école des beaux-arts de Paris où elle ne restera que deux semaines, Madmeg, dont la plus grosse influence revendiquée reste l’univers de Jérôme Bosch, dessine sur de très grands formats à l’aide de très fines pointes et encre de Chine. Dans un exercice stakhanoviste frôlant le geste psychotique, elle dessine dans un style réaliste à échelle un, construisant un monde basé sur deux socles : l’autobiographie et le commentaire féministe. Minutieusement, elle travaille l’appropriation/revisitation de tableaux fondateurs de la culture occidentale, et de textes littéraires historiques engagés qu’elle inclut dans ses œuvres en tant que texture visuelle. Son travail a fait l’objet d’expositions solo en Slovaquie et République tchèque, et a été présenté pour la première fois à Paris (galerie Art Factory) par Hey! Modern art & pop culture, à l’occasion de ses six ans d’existence (2016).
Site officiel
MANERO Gilles
> 1955, Gien (France)
Après avoir étudié la photographie dans un lycée à Paris, il trouve un emploi comme photograveur, un métier qu’il continue encore aujourd’hui. C’est d'ailleurs vers 1991 que commence cette passion.. Quand il est loin de ce travail, il consacre beaucoup de temps à l’art. Son travail a été exposé à la fois en Europe et aux États-Unis. Son travail est dans de nombreuses collections privées d'art brut, ainsi que dans des collections publiques telles que celle du Musée de Stadshof à Zwolle (Pays-Bas), du Musée de Navarre à Pampelune (Espagne), du Musée d'art naïf à Figueras (Espagne)…
MARSHALL Francis
> 1946, La Frette-sur-Seine (France)
Diplômé de l’école Boulle à Paris, Francis Marshall détient un CAP de sculpteur sur bois. Mais c’est d’une manière singulière qu’il travaille ce matériau et qu’il en utilise de bien moins traditionnels. À partir de 1969, Marshall se lance dans une série proliférante de sculptures textiles qu’il nomme « bourrages ». Des sacs de toile de jute et des bas de nylon remplis de crin et autres matériaux donnent forme à de drôles de mannequins. Ces « objets invendables », selon leur créateur », ont été d’emblée exposés par le collectionneur Alain Bourbonnais, défenseur d’un « art hors-les-normes » – lui-même inspiré du concept d’art brut de Jean Dubuffet. L’utilisation de matériaux de rebut, les sources d’inspiration populaires, la dimension critique de ces objets faussement naïfs les placent en effet « sous le vent de l’art brut », comme le revendique l’artiste. (...) À partir de 1990, Marshall a entrepris une série de peintures sur bois qui, au premier abord, peuvent sembler radicalement différentes des sculptures textiles. Mais on y retrouve pourtant toute la manière de l’artiste. Des personnages récurrents, dont l’aspect est cette fois aussi lisse que leurs situations peuvent être licencieuses. Tirés d’une iconographie de magazines populaires, ils incarnent une version citadine des mannequins rembourrés que l’on imaginait davantage vivre à la campagne. Les personnages peints sont eux aussi mis en scène, par le biais d’encadrements et d’écrits qui pervertissent la lecture des tableaux.
(Extrait, Esprit singulier, 2016, Flammarion éditions et les éditions de l'abbaye d'Auberive)
Galerie Béatrice Soulié
MARYAN
> 1927, Novy-Sacz (Pologne) - 1977, New York (États-Unis)
La courte vie de Burstein Maryan Pinchas, dit Maryan, a été émaillée de tragédies. Juif polonais, il fut interné et martyrisé par les nazis. Seul rescapé de sa famille, il ne sortira vivant des camps que par miracle. Bénéficiant d'une bourse en Israël, il suit les cours du Bezalel Art Institute de Jérusalem de 1948 à 1949. Un accident de tramway à Tel-Aviv fait qu'il sera amputé d'une jambe. Maryan réalise sa première exposition personnelle en 1949 à Jérusalem au YMCA. Il s'installe à Paris en 1950 et passera trois ans aux Beaux-Arts. En dépit de quelques succès (prix des Critiques à la Biennale de Paris en 1959) et malgré son rôle dans l'émergence de la Nouvelle Figuration, il s'installe à New-York en 1962. Il deviendra citoyen américain en 1969. Il meurt prématurément en 1977. Malgré les épreuves traversées, Maryan n'est pas devenu, comme cela aurait pu être, le peintre des camps, le témoin de l'extermination nazie. Sortant de l'enfer, Maryan s'est fait démiurge. Il a créé un univers, une "Comédie humaine" picturale, peuplée de créatures outrancières. Laissant hurler la couleur, distordant le trait pour lui arracher une expression proche de la caricature, il a répertorié autant les figures de pouvoir (militaires, juges, religieux) que les marginaux (toréadors, jongleurs, prostituées). Dans ce carnaval pictural, dont les références se veulent populaires, Maryan a sans doute laissé un message humaniste profond, tant son langage semble viser à une mise en garde qui nous confronte toujours à l'infime frontière qui sépare la victime du bourreau. Message qui renvoie le voyeur à son libre-arbitre et à son miroir. Ce langage de Maryan, si personnel, si violent aussi, a inspiré nombre de peintres de la génération suivante. On pourrait ne citer qu'à titre d'exemple Philip Guston. Il reste que l'oeuvre de Maryan est, malgré cela, d'une manière assez incompréhensible, profondément méconnue.
Galerie Claude Bernard
MASAKATSU Tagami
> 1946 (Japon)
Né dans le sud de l’île de Honshu, c’est à 29 ans que ce fils d’agriculteur décide de se consacrer à la peinture et à la gravure. Autodidacte, Tagami Masakatsu dédie sa vie à sa seule obsession : la traduction des images qui le hantent. N’ayant alors comme seule source de revenu que le soutien de sa famille, c’est en 2003 que l’artiste et son travail sont découverts par Pierre et Maïa Barouh. La galerie Atsuko Barouh à Tokyo lui consacre sa première grande exposition en 2013, et organise sa première présentation en France en 2014. Le travail de l’artiste, abondant et mêlant peinture, gravure et collage, n’a depuis cessé de conquérir un public international, sur le champ d’un art en marge.
MÉNICHETTI Eudes
> 1969, Paris (France)
Ménichetti est un enfant de la télé, de Pif Gadget et de Tout l'Univers. Il pratique l'autoportrait avec humour et fantaisie et commente la chronique de sa vie avec ironie à coups de dessins et de montages savants et turbulents. Il cherche ce qu'on refoule ; il explore les réseaux du système nerveux, des vaisseaux sanguins, ce qui est sous-jacent, qui fait partie de nous et demeure pourtant notre inconnu. Il sonde, dissèque et expose le corps humain (son corps) pour mieux explorer le monde cérébral avec la volonté de s’expliquer l’existence et le potentiel humain. Émanations du fantasme noir avec un retour latent aux chimères en lutte contre le bonheur béat, paradis de l’enfance revisité par l’inquiétude de soi : de quoi saisir, effaré, sans répit, la sensibilité d’écorché vif de l'artiste.
(Cité dans Instinc'art, 2012, éditions de l'abbaye d'Auberive)
Site officiel
MIHINDOU Myriam
> 1964, Libreville (Gabon)
Après avoir grandit au Gabon, elle s’exile en France à la fin des années 1980. Après un cursus en architecture, elle intègre l’École des Beaux-Arts de Bordeaux. Elle est en quête d’un nouveau moyen d’expression. Diplômée en 1993, elle développe un langage plastique pluridisciplinaire. Et du fait de ces différents voyages et rencontres, son travail est nourri de ces mélanges culturels.
Galerie Maïa Muller
MOIZIARD Andrée et Jean
> 1940 et 1938, Paris (France)
Originaires de Paris où ils sont nés, c'est après 1968 que les deux artistes décident de vivre à la campagne, en Bourgogne. Aujourd'hui, leur atelier est installé à Aisey-sur-Seine. Ils ont à leur actif plus d'une centaine d'expositions, dont la galerie Béatrice Soulié, ou la Halle Saint Pierre à Paris. Unis dans la vie et tous deux amoureux de l'art, ils présentent un univers poétique où se confondent peintures de paysage faussement naïves (le plus souvent réalisées par Andrée) et assemblages divers (des reliquaires sous globe de verre mis en forme par Jean). Il est difficile de dissocier l'art des deux artistes, si bien que leur exposition prennent le plus souvent la forme d'une installation, reconstitution de leur lieu de vie.
(Cité dans La collection égotique, 2010, éditions de l'abbaye d'Auberive)
Site officiel
MOKÉ FILS
> 1968, Kinshasa (République Démocratique du Congo)
Fils de Monsengwo Kejwanfi dit Moke (1950-2001), grand précurseur de la peinture naïve congolaise, Moke Fils grandit dans l’atelier de son père et entreprend de vendre les œuvres de ce dernier sur les marchés. Peu à peu, il commence à dessiner et à peindre, délaissant sa première vocation d’enseignant. A la mort de son géniteur et mentor, Moke Fils décide de se consacrer entièrement à la peinture. Il se place en héritier direct de l’art de son père et reprend à son compte ses silhouettes trapues aux têtes rondes, sa palette éclatante et son goût pour les compositions étagées et dynamiques (...) Il reçoit également le soutien actif des peintres amis de son père comme Chéri Samba ou Chéri Chérin. Moke Fils s’intéresse à la vie quotidienne de Kinshasa et représente inlassablement des scènes de rue, de marché, de taxis bondés , de bars ou de boîtes de nuit, portraiture les Sapeurs (eux qui portent haut l’art de la sape), etc. Ses œuvres témoignent d’un goût prononcé pour la satire sociale et la critique politique ou religieuse. En 2003, il participe à l’exposition « Kin Moto na Bruxelles » (Hôtel de Ville de Bruxelles) où il s’impose comme l’un des chefs de file de l’art populaire congolais. Depuis, ses œuvres sont régulièrement montrées en Europe, notamment au Musée royal de l’Afrique centrale de Tervuren.
(Extrait, Esprit singulier, 2016, Flammarion éditions et les éditions de l'abbaye d'Auberive)
MOLINIER Pierre
> 1900, Agen - 1976, Bordeaux (France)
Artiste aux débuts classiques faits de peintures figuratives et de paysages, il commence son œuvre sulfureuse et sans tabous sur le corps, la confusion des genres et les dérives du sexe dès le début des années 1950. Il s'y consacre totalement à partir des années 1960 au point d'influencer les artistes du Body Art de la décennie suivante. Il crée des tableaux érotiques et des photomontages, mises en scène de son propre corps et autoportraits travestis, où s'expriment son culte de l'androgynie et son fétichisme des jambes. Des liens précis apparaissent entre peinture, photographie et existence scandaleuse. Séducteur invétéré, fétichiste convaincu, travesti impénitent, bisexuel par inadvertance, Molinier aura été habité jusqu'à la fin par deux obsessions : « jouir » pour accéder au paradis immédiat de la petite mort et « laisser une trace dans l'infini du temps ».
(Cité dans Instinct'art, 2012, éditions de l'abbaye d'Auberive)
MOREL Marie
> 1954, Paris (France)
Elle naît à Paris, d'une mère peintre et architecte et d'un père écrivain et éditeur. En 1962, la famille s'installe dans les Alpes de Haute-Provence où la jeune Marie grandit dans un environnement privilégié, de création permanente. A la suite d'une exposition, elle affirme à l'âge de neuf ans qu'elle sera peintre. Adolescente, elle entre à l'Ecole Nationale de Cirque à Paris tout en suivant des cours au Conservatoire. Sa première exposition est organisée en 1977. A 20 ans, elle décide de se consacrer uniquement à la peinture. Les expositions s'enchaînent alors. Aujourd'hui, parallèlement à son travail de peintre, elle publie une petite revue d'art, "Regard", consacrée aux artistes qu'elle aime.
(Cité dans La collection égotique, 2010, éditions de l'abbaye d'Auberive)
Site officiel
MUSIC Zoran
> 1909, Bukovica (Slovénie) - 2005, Venise (Italie)
Formé à l’Académie des Beaux-Arts de Zagreb, Zoran Music voyage avant-guerre en Europe du Sud et passe un an à Madrid, à copier les œuvres du Greco et de Francisco Goya au Musée du Prado. Contraint de quitter l’Espagne en raison de la guerre civile, il retourne en Dalmatie et participe à ses premières expositions collectives à Zagreb et Ljubljana, avant de s’installer en 1943 à Venise où il connaît ses premiers succès. Mais en 1944, arrêté par la Gestapo, il est déporté à Dachau. Au péril de sa vie, il dessine convulsivement la vie du camp : « Les SS se tenaient à distance en raison d’une violente épidémie de typhus, ils avaient peur de s’approcher. Cela signifiait que pour la première fois je pus dessiner sans me cacher, et cela devint une espèce de frénésie. Je ne pensais à rien d’autre, comme si le dessin m’avait ramené à la vie. La réalité était hallucinante . » Au lendemain de la guerre, Zoran Music vit entre Paris et Venise, à laquelle il consacre de nombreuses vues, émerveillé de redécouvrir la liberté. Il expose régulièrement, à la Galerie de France notamment. Les années 1950 sont celles de la tentation abstraite, même si les paysages l’inspirent toujours profondément (Terres dalmates). Il reçoit en 1960 le Prix de l’UNESCO à la Biennale de Venise. Dans les années 1970, assailli par les images du passé, il consacre à Dachau une importante et saisissante série de peintures et gravures : Nous ne sommes pas les derniers ; nombre de ces œuvres rejoignent alors les collections publiques du monde entier (Paris, Munich, Oslo, Jérusalem, Venise, Copenhague, etc.). Puis, il se voue au cycle des Paysages rocheux (1976-1980), réalisé dans la Forêt de Fontainebleau et les Dolomites. Au cours des années 1980, le souvenir de la basilique Saint-Marc, qui l’avait fasciné en 1943, inspire à Music Intérieurs de cathédrale. Il crée également un important ensemble de portraits et d’autoportraits. Mais peu à peu sa vue décline. Il meurt en 2005, dans sa cité bien-aimée de Venise.
(Cité dans Esprit singulier, 2016, Flammarion éditions et les éditions de l'abbaye d'Auberive)
Galerie Claude Bernard