Abécédaire des artistes

ART CONTEMPORAIN > ABÉCÉDAIRE DES ARTISTES

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BADIA
> 1947, France
Notre rencontre se fit dans les années 80 au fil des squats qui l’hébergèrent dans Paris et sa banlieue. Badia n’est pas que peintre et sculptrice, sa vie entière est une œuvre au service des délaissés de notre époque. Elle fut une militante active du DAL et de bien d’autres actions comme celle de l’abbé Pierre. Pour son engagement libertaire elle a utilisé peinture et sculpture comme simple moyen d’expression de celui-ci. (...) Aujourd’hui, elle consacre une partie de son temps à l’action populaire de terrain via la musique libre des fanfares anarchistes, à l’activité culturelle en milieu rural, au chant populaire anarchiste italien et au théâtre de rue. Son travail expressionniste révolutionnaire décrit l’intolérable de notre société. Elle est assurément le dernier des CoBrA dans ce qui les unit, certainement pas dans ce qui les divisa. L’excellente revue Cimaise en 2003 la liait à Francisco de Goya, à James Ensor, à Antonin Artaud et à Jean Genet. Badia est une œuvre et elle n’est pas à vendre.
(Extrait, Esprit singulier, 2016, texte de Jean-Claude Volot, éditions Flammarion et les éditions de l'abbaye d'Auberive)
BARROT Ronan
> 1973, Argol
Né en Bretagne, il vit et travaille à Paris. Après des études à l'Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, il obtient la bourse Erasmus pour étudier à Berlin puis deux ans plus tard, il part pour Tokyo avec la bourse Collin-Lefranc. Sa première exposition personnelle a lieu dans un espace privé en 1989 à L'île d'Arun en Bretagne. Ronan Barrot peint des scènes de rue, des sujets de société, des portraits, des paysages... Son style évoque autant Goya que Cézanne, le néo-expressionnisme allemand que Paul Rebeyrolle. Il a aujourd'hui acquit une notoriété telle qu'il expose chez Claude Bernard, galeriste de Bacon et Rebeyrolle notamment.
(Cité dans La collection égotique, 2010, Lienart éditions et les éditions de l'abbaye d'Auberive)
Galerie Claude Bernard
BELIN Murielle
> 1976, Avignon
Murielle Belin fréquente quelques ateliers d’artistes dès l’âge de 10 ans (peintres, marionnettistes-prestidigitateurs, sculpteurs, poètes) et s’intéresse à la restauration de tableaux avant de décider en 2002 de se consacrer entièrement à la création. Touche à tout, elle travaille aussi bien la peinture à l'huile sur panneaux pour les tableaux que les bocaux, la taxidermie, les restes animaliers, l'argile et les peintures pour les sculptures. Elle manie également le fusain, la craie, l'encre de Chine pour les dessins. Entre grincements surréalistes et chaleur ambrée de la peinture primitive flamande, ses œuvres renvoient souvent à des figures de l’histoire de l’art. Sa pratique reste cependant instinctive : elle peint là où ça saigne et sculpte là où ça gratte. Se développent alors des corps à la beauté pâle, parfois monstrueuse, dont la mise à nu sonne comme une confidence.
(Cité dans Instinct'art, 2012, éditions de l'abbaye d'Auberive)
Site officiel
BELLMER Hans
> 1902, Kattowitz (Pologne) - 1975, Paris (France)
Au début des années 1920, Hans Bellmer, qui s’intéresse intensément à l’art, la littérature et la philosophie, découvre Dada et se lie d’amitié avec Georg Grosz qui encourage ses premiers travaux. Grâce à celui-ci, il trouve une place d’apprenti typographe dans une maison d’édition dirigée par le dadaïste Wieland Herzefeld et réalise ses premières illustrations et couvertures. Il peint, très influencé par Grosz, mais aussi Otto Dix ou Rudolf Schlichter. A l’arrivée de Hitler au pouvoir, Bellmer cesse de travailler, en signe de protestation. Il commence la confection de sa première Poupée – dont il photographie les nombreuses étapes – et dessine beaucoup, dans un style léché inspiré par l’art germanique, médiéval et renaissant. L’année suivante, il est marqué par les dernières recherches des surréalistes, découvertes dans la revue Minotaure ; il envoie à André Breton des photographies de la Poupée qui les publie avec enthousiasme, impressionné par l’imbrication des thèmes de l’érotisme, du désir, de l’enfance et de la mort. Bellmer rejoint le groupe en 1935 et participe désormais à toutes ses expositions collectives. A la mort de son épouse Margarete de la tuberculose en février 1938, il quitte enfin l’Allemagne nazie pour Paris. Bellmer fait de nouvelles rencontres (Man Ray, Hans Arp, Marcel Duchamp, Meret Oppenheim), crée de nouveaux objets et écrit beaucoup. Le motif de la métamorphose du corps féminin prend une importance toujours plus grande. Ressortissant allemand, il est interné pendant la guerre dans plusieurs camps avant de se réfugier à Castres, puis de rejoindre le maquis. Il entreprend la rédaction d’un ouvrage théorique ambitieux, illustré par ses soins, Petite anatomie de l’inconscient physique ou l’anatomie de l’image, qui l’occupera jusqu’en 1954. Il entame un dialogue intellectuel d’une grande intensité avec le poète Joë Bousquet, se passionne pour les thèmes de l’androgynie, de l’exhibitionnisme, du démembrement et illustre l’Histoire de l’œil de Georges Bataille. Il réalise des portraits de commande pour survivre. Après-guerre, Bellmer expose de plus en plus et multiplie les travaux d’illustration. Son retour en Allemagne en 1953 – pour la première fois depuis quinze ans – marque le début de la reconnaissance de son travail dans son pays natal, mais surtout sa rencontre avec une jeune artiste et écrivain, Unica Zürn, qui devient sa compagne. Il faudra cependant attendre les années 1960 et 1970 pour que l’œuvre de Bellmer fasse l’objet d’une reconnaissance institutionnelle.
(Cité dans Esprit singulier, 2016, éditions Flammarion et les éditions de l'abbaye d'Auberive)
BETTENCOURT Pierre
> 1917, Saint-Maurice-d'Ételan - 2006, Stigny (France)
De 1936 à 1938, pendant ses études secondaires, il suit le cours de Poétique de Paul Valéry au Collège de France. Il se passionne aussi pour le théâtre. A partir de 1941, il achète une presse, et publie pendant une douzaine d'années ses propres textes ainsi que ceux de Michaux, Artaud, Dubuffet, ou Apollinaire. C'est en 1953, à la suite d’un séjour avec Dubuffet, qu'il réalise ses premiers Hauts-Reliefs, qui deviennent sa marque de fabrique. Composés de grains de café, de coquilles d'oeufs, de pierres, de pommes de pin entre autre, ses assemblages mettent en scène des univers surréalistes. Les expositions s'enchaînent alors et ses nombreux voyages en Afrique, Océanie, Indes, Mexique, Egypte lui permettront de nourrir sa passion pour les civilisations disparues. En parallèle, il continuera son travail d'écriture.
(Cité dans la collection égotique, 2010, éditions de l'abbaye d'Auberive)
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BIHOREAU Willy
> 1981 (France)
Willy Bihoreau est un jeune artiste qui associe pinceaux et nouvelles technologies pour composer ses tableaux aux thèmes post "fin du monde". Ces visions, aussi réalistes qu'effrayantes, sont faites d'un assemblage d'éléments photographiques, totalement repris à l'acrylique. L'idée est de donner à voir un futur dans lequel nos civilisations ne sont plus que des vestiges. Le but de cette démarche est de participer à la prise de conscience impérative pour notre avenir. Étudiant à l'École nationale supérieure d’arts-appliqués (ENSAAMA) en 2000-2001 puis adhérent des "Ateliers du 23bis" à Antony (92) de 2002 à 2005 ; il travaille aussi en autodidacte le dessin, la peinture, le graphisme et l’infographie. Depuis 2006, Willy Bihoreau participe à de nombreuses manifestations artistiques dont le salon Mac 2000 à Paris. Il expose aussi à la Attis Art Gallery (Washington, Las Vegas).
(Cité dans Instinct'art, 2012, éditions de l'abbaye d'Auberive)
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BIZIEN Vincent
> 1968, Paris (France)
Diplômé de l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts en 1992, il reçoit la bourse de la Fondation de France sur un projet d'études sur les fresques de Pierro Della Francesca à Arezzo (Italie). Aujourd'hui, il travaille à Paris et participe à plusieurs expositions à Londres, Paris, Bruxelles et est présent dans différentes collections telles que le FNAC, des collections françaises et européennes privées.
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BLANQUET Stéphane
> 1973, Conflans-Sainte-Honorine (France)
Éditeur, illustrateur, vidéaste, plasticien, « directeur oculaire », Stéphane Blanquet est un artiste aussi multidisciplinaire que prolifique. Et ce, depuis un très jeune âge : actif depuis la fin des années 1980, il n’attend pas la fin de ses études pour fonder, alors qu’il n’a que 16 ans, les éditions Chacal Puant qui publient ses fanzines mais aussi son premier livre, Cave Woman, en 1993. Cette année sera également celle de sa 1ère exposition à la librairie parisienne Un regard moderne. Il reçoit en 1996 l’Alphart du fanzine à Angoulême. Blanquet passe sans flancher du papier à la vidéo et en 1997, se lance dans la réalisation de films d’animation. Son premier court métrage, Le Mélange des couleurs, sort la même année sous l’égide de Canal +. Il réalise depuis des courts métrages d’animation, dont La Peau de chagrin, sélectionné lors de la semaine de la critique (hors compétition) au Festival de Cannes en 2003. Pendant ces années, il ne cesse son activité d’éditeur et d’illustrateur en s’aventurant dans la production de livres pour enfants. Il s’associe à de grands éditeurs tels Albin Michel qui publie en 2006 La Vieille Chéchette du Louise Michel et Gallimard pour qui il illustre La Reine des neiges d’Andersen en 2010. En 2003, Blanquet fait la rencontre déterminante de Jean Lambert-Wild. C’est le début d’une belle collaboration qui commence avec la réalisation d’affiches, puis de scénographies et de costumes. Blanquet a été nommé en 2007 « directeur oculaire » de la Comédie de Caen et agit en tant que responsable de l’image et de la communication. La carrière de Blanquet est à l’image de son œuvre : foisonnante, abondante, voire boulimique ; elle est multidirectionnelle et faites de nombreuses strates. L’abbaye d’Auberive est son premier soutien dans son nouveau travail sur la tapisserie numérique.
(Cité dans Esprit singulier, 2016, éditions Flammarion et les éditions de l'abbaye d'Auberive)
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BOIX-VIVES Anselme
> 1899, Herbezet (Espagne) - 1969, Moûtiers (France)
Né en Espagne, issu d'une famille pauvre, il ne peut pas aller à l'école. Très jeune, il devient gardien de troupeaux. Il arrive en France en 1917, à l'âge de 18 ans, où il se fait embaucher dans diverses usines. En 1926, grâce à ses économies, il ouvre sa propre boutique de fruits et légumes en Haute-Savoie. Fier de sa réussite, il vit heureux avec sa femme et ses trois enfants jusqu'en 1962 où tout vacille : la mort de sa femme et de sérieux soucis de santé le meurtrissent au point de devoir abandonner ses affaires à l'un de ses fils. Là commence une nouvelle vie, entièrement consacrée à la peinture. Le premier tableau date de juillet 1962 et le dernier, achevé en 1969. Sept années de création où il laisse plus de deux mille œuvres : dessins et gouaches principalement.
(Cité dans La collection égotique, 2010, Lienart éditions et les éditions de l'abbaye d'Auberive)
BOKOR Miklos
> 1927, Budapest (Hongrie)
Marquée par la guerre et la déportation, l'œuvre de Bokor porte en elle le poids de l’histoire du XXe siècle, mais son envergure la situe au delà du témoignage auquel on pourrait être tenté de la réduire. L’œuvre du peintre Miklos Bokor, né à Budapest et installé en France depuis près d’un demi-siècle, a été très tôt reconnue pour sa qualité et son ampleur. Elle a été saluée à maintes reprises comme une création majeure. Que se soit sur papier ou sur toile, l'oeuvre de Bokor est toujours complexe. À partir de lieux revisités, le peintre module des paysages saturés de présence, à la limite de l'apparition et de la disparition, à la fois stable et mouvant. Entre histoire et imaginaire, les lectures qu'on peut faire de ses toiles sont variées et appellent à la confrontation, aux ruptures de styles sans rien retirer à son unité. L’artiste intègre aussi la figure humaine sous forme de représentations archétypales, et s’y livre à une méditation sans concession sur l’homme et l’humanité aux prises avec l’Histoire. Si l’interrogation s’élève à la dimension du mythe, elle s’inscrit fondamentalement dans le bouleversement majeur que représente Auschwitz.
(Cité dans Instinct'art, 2012, éditions de l'abbaye d'Auberive)
BOUDEAU Joseph-Emmanuel
> 1884, Brouzils - ?
De Joseph-Emmanuel Boudeau, matelot de la marine nationale et vétéran de la Grande Guerre, né aux Brouzils, en Vendée, le 2 janvier 1884, on ne sait pas grand chose, sinon ce qu’on peut lire au dos de deux grands dessins retrouvés par hasard chez un antiquaire, ainsi que dans les longs commentaires qui accompagnent chacune de ces images : une représentation joyeusement coloriée du cuirassé Le Dunkerque et une vue naïve du Mont Saint-Michel, datées respectivement de 1937 et 1938. Deux illustrations d’une exécution parfaite, mises en couleur à la façon des planches des premiers illustrés ou des vignettes des vieux livres d’enfants, et dont le lettrage chantourné, cachant les faiblesses d’une orthographe approximative, évoque plutôt les travaux d’aiguille et le raffinement des abécédaires brodés. Réalisés sur papier au crayon et à l’encre de Chine, avec un sens aigu de la stylisation et un vrai talent décoratif, ces petits chefs d’œuvre d’art populaire, ayant demandé « plus de 100 heures de dessin », sont présentés comme des « Imitations », et semblent donc être une libre interprétation, à portée moralisatrice, d’un document qui plaisait à l’auteur. Lequel se montre à la fois ardent patriote, royaliste et croyant fidèle, en bon Vendéen, tout en vouant un culte généreux à l’humanité. « Le genre humain a commis plus d’erreurs par la défiance que par la confiance », proclame dans un cartel cet homme de foi, encore fier, vingt ans après, d’avoir servi sur le croiseur d’Entrecasteaux au cours de la « Guerre des Nations ».
(Cité dans Mycelium : génie savant - génie brut, 2014, texte de Laurent Danchin, éditions de l'abbaye d'Auberive)
BRU Georges
> 1933, Fumel (France)
Il a enseigné le dessin à l'Ecole des Beaux-Arts de Toulon pendant plusieurs années. Dès ses premières expositions à Paris et en province en 1967, Georges Bru fait preuve d'une grande maîtrise du dessin tragique et hallucinatoire, et affirme une esthétique singulière dans laquelle le monde est déformé, estompé, opacifié. Ses scènes s'inscrivent dans un registre théâtral, dont la force spectaculaire est assourdie par les tons cendrés, produisant comme un étouffement de la réalité. Les personnages de ses tableaux, aux allures surréalistes, semblent dépourvus de toute humanité. Le dénuement de la composition évoque la solitude dans laquelle sont enfermés les protagonistes. Malgré cette tension grave et intense et la confrontation de forces organiques, le rendu y est minutieux, l'atmosphère voilée.
(Cité dans La collection égotique, 2010, éditions de l'abbaye d'Auberive)
Galerie Chave
BUSSET Nicolas
> 1983 (France)
Né en 1983 en Champagne. Il est Diplômé de l’école des beaux-arts de Nancy ou il vit. Il "rencontra" Alfred Kubin à l’abbaye d’Auberive lors d’un stage de médiateur culturel durant l'été 2010. Cette découverte le troubla profondément. Il se mit à dessiner frénétiquement les sujets et questionnements que sa vie lui apportaient, comme si, par le trait, il cherchait à exprimer ce que d'autres disent avec le verbe. Pendant cinq ans, aux Beaux-Arts, il eut à souffrir du peu d’intérêt que le cursus de formation porte au dessin. Cette abondance graphique estivale fut pour lui comme un exutoire libérateur. Kubin mais aussi Egon Schiele, Jean-Michel Basquiat, Otto Dix, Ernst Kirchner sont son univers... À cela prés que les sujets qu’il aborde vont bien au-delà encore de ceux de ces maîtres reconnus. Il attaque de front les sujets tabous d’une société qui n’en finit pas de tenter de se libérer elle-même. (...) Si le dessin ne vous passionne pas, si vos règles de vie sont empreintes des contraintes du passé, alors ignorez Busset... Si au contraire vous vous posez les justes questions sur notre destin, regardez Busset et prenez votre temps pour le faire loin de ces objets contemporains qui troublent la vue.
(Extrait, Esprit singulier, 2016, texte de Jean-Claude Volot, éditions Flammarion et les éditions de l'abbaye d'Auberive)
Galerie Koralewski